Apprivoiser les influenceurs

RÉSEAUX SOCIAUX Chouchous des marques et des attachées de presse, les influenceurs du web sont très sollicités. Voici cinq conseils pour ne pas se les mettre à dos. BRUNO FRAIOLI

1 PAS DE RELANCES INCESSANTES
«Stop au matraquage, peste Thomas Filhol de Sportune.fr. Les marques réduisent leurs budgets de communication et mettent le paquet pour faire parler d’elles par les sites et les blogs. Or si le produit ne m’intéresse pas, inu­tile de m’envoyer 150 messages.» Virginie Maire, directrice générale de Finder Studio, ajoute: «Inonder toutes les influenceuses mode de la même proposition afin qu’elles fassent toutes la même chose sans le savoir est aussi une erreur.» Et puis, attention au «copier-coller». «Parmi les propositions que je reçois, 20% sont des e-mails déjà envoyés à d’autres, avec, au mieux, une erreur sur mon prénom et au pire un autre nom que le mien», rapporte Megan Vit, blogueuse mode et lifestyle.

2 BIEN CIBLER LE DOMAINE D’INTERVENTION
« C’est pénible d’être contacté par des gens qui ne connaissent même pas mon site, se plaint Thomas Fil­hol, le minimum est de regarder un peu ce qui nous intéresse ! Certains pensent que je suis L’Équipe, alors que je ne traite pas des résul­tats sportifs.» «Si une marque me contacte avec un objet qui ne me plaît pas ou qui n’est absolument pas dans mon domaine, je n’écrirai rien dessus, explique la blogueuse Holy Camille. Hors opérations commmerciales, je garde mon libre arbitre sur les produits dont je sou­haite parler. » Megan Vit renché­rit : «On nous propose des choses qui n’ont aucun rapport avec notre communauté, par exemple des pro­duits pour homme (genre le super­kit de rasage de barbe) ou pour bébé … alors que je n’en ai pas !»

3 CONCEVOIR DES OPÉRATIONS COMMERCIALES ÉQUITABLES
«De plus en plus de marques me proposent des offres d’affiliation avec une rémunération en fonction des ventes que mon site pourrait générer, explique Thomas Filhol. Ce système permet de profi­ter de la vitrine de mon site et de son audience sans prendre de risques. Personnellement, j’ai des tarifs commerciaux clairs pour mes espaces publicitaires et mes publirepor­tages. » «Ce type de deal n’est abso­lument pas équilibré, affirme Holly Camille. Et c’est souvent l’arran­gement que proposent de grandes marques qui, par ailleurs, disposent de budgets marketing importants. Je ne peux pas vivre en ne recevant que des paires de chaussures !»

4 NE PAS OUBLIER QUE CE SONT DES PROFESSIONNELS
« Pas la peine de leur proposer mille cadeaux en contre­ partie d’un post ou d’une photo, ces influenceurs et influenceuses sont des professionnels, et c’est leur mé­tier, explique Virginie Maire de Finder Studio. Ils cherchent donc une rémunération et ne troquent pas leurs partenariats. » «Cer­taines marques et agences ont tendance à oublier -ou le font vo­lontairement- que ce que nous fai­sons est un travail qui prend énor­mément de temps, et qui doit donc nous permettre de vivre», ajoute Megan Vit, qui avoue travailler sur ses comptes sept jours sur sept.

5 ÉVITER D’IMPOSER UNE MISE  EN SCÈNE
« Je déteste les marques ou les agences qui viennent me voir et tentent de m’imposer un retour cadré, comme la présence de hashtags avec des mots-clés précis, relève Holy Camille. Généralement, ces marques me demandent aussi d ‘évi­ter de noter que ce post est sponsori­sé. Je le refuse.» Certaines marques oublient aussi le droit à l’image et n’hésitent pas à récupérer les pho­tos réalisées par les instagrameurs. «Ce ne sont ni des mannequins ni des comédiens auxquels on impose une mise en scène avec les pro­duits, ajoute Virginie Maire. ll faut respecter leur authenticité.»

STRATEGIES N°1867 du 30/06/2016